Prévisions chocs
Prévisions "chocs" 2026
Saxo Group
Responsable de la stratégie des matières premières
L’or a nettement corrigé ces derniers jours après la publication de chiffres de l’emploi américain meilleurs que prévu et le retour des inquiétudes sur l’inflation. Cette combinaison a poussé le métal précieux sous sa moyenne mobile à 200 jours, un niveau technique important qu’il n’avait plus cassé depuis octobre 2023.
Même si cette baisse constitue un signal négatif à court terme, elle intervient après plusieurs années de forte hausse soutenue par les achats des banques centrales, les tensions géopolitiques, les inquiétudes liées à la dette publique et la recherche de diversification des portefeuilles.
Depuis plusieurs semaines, le marché de l’or est principalement influencé par la remontée des prix de l’énergie. La hausse du pétrole nourrit les anticipations d’inflation, ce qui soutient à la fois les rendements obligataires et le dollar américain.
Dans ce contexte, les investisseurs s’inquiètent davantage du maintien de taux d’intérêt élevés que des facteurs structurels qui avaient porté l’or vers des records plus tôt dans l’année.
L’absence de progrès vers un cessez-le-feu au Moyen-Orient renforce cette dynamique. Tant que le conflit entretient des tensions sur les marchés de l’énergie, les risques inflationnistes restent élevés.
À première vue, les tensions géopolitiques devraient soutenir l’or. Pourtant, la situation actuelle est particulière.
Traditionnellement, l’or bénéficie des crises économiques ou financières lorsque les banques centrales baissent leurs taux, que les rendements réels reculent et que le dollar s’affaiblit. Aujourd’hui, c’est l’inverse : les craintes d’inflation poussent les rendements obligataires et le dollar à la hausse.
Comme l’or ne génère aucun revenu, il devient alors moins attractif face à des placements offrant des rendements plus élevés.
La cassure de la moyenne mobile à 200 jours est suivie de près par de nombreux investisseurs institutionnels et fonds de gestion. Ce niveau est souvent utilisé comme indicateur de tendance de long terme.
Lorsque les cours passent durablement en dessous, certains investisseurs réduisent leur exposition tandis que d’autres préfèrent attendre avant de revenir à l’achat.
Après cette rupture technique, la zone comprise entre 4 100 et 4 075 USD constitue le principal niveau de support à surveiller.
Cette zone correspond à la fois au point bas observé en mars et à un retracement technique classique de la hausse qui a porté l’or de 2022 jusqu’à ses sommets récents.
Même si une poursuite de la baisse serait inconfortable pour les investisseurs, elle resterait pour l’instant compatible avec une tendance haussière de long terme.
À court terme, l’inflation restera le principal moteur du marché.
Les investisseurs surveilleront particulièrement la publication de l’indice des prix à la consommation (CPI) américain ainsi que la réunion de la Réserve fédérale américaine (FOMC) du 17 juin.
L’objectif sera de déterminer si les tensions sur les prix de l’énergie commencent à se diffuser dans l’économie et si la banque centrale envisage toujours de maintenir des taux élevés pendant une période prolongée.
Les données de positionnement montrent que l’excès d’optimisme observé plus tôt dans l’année s’est largement dissipé.
Les encours des ETF adossés à l’or ont reculé depuis le début de l’année et les positions spéculatives sur les contrats à terme se sont fortement réduites avant de se stabiliser récemment.
Autrement dit, une partie importante des investisseurs les plus optimistes a déjà quitté le marché, ce qui limite potentiellement le risque de ventes massives supplémentaires.
Pour améliorer son profil technique, l’or devra d’abord repasser au-dessus de 4 500 USD, puis franchir sa moyenne mobile à 50 jours située autour de 4 600 USD.
Tant que ces niveaux ne sont pas reconquis, la prudence reste de mise à court terme.
Malgré la correction actuelle, les arguments favorables à l’or sur le long terme restent largement présents : diversification des réserves des banques centrales, endettement public croissant, inquiétudes monétaires et environnement géopolitique incertain.
Un apaisement des tensions au Moyen-Orient et une baisse des craintes inflationnistes pourraient permettre aux investisseurs de se recentrer sur ces facteurs de soutien structurels et relancer l’intérêt pour le métal précieux.
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